PAPA, TU ME PRÊTES TA TABLETTE ?

Père et enfants sur ipad

Comment gérer le temps de nos enfants devant un écran ? Faut-il leur interdire tout écran avant 3 ans et leur refuser l’accès à Internet avant 12 ans comme le préconisent certains pédopsychiatres ? Mais concrètement, on fait comment quand son gamin fait une crise pour aller consulter son compte Facebook ?

LA GUERRE DES BOUTONS

J’aurais pu aussi intituler cet article : « Maman, tu me laisses ton iPhone ? »

Les enfants et les écransSouvenez-vous du temps où les enfants se disputaient leurs jouets, objets parfois de convoitises et de chamailleries mémorables. Quoi, le copain voulait me piquer mes p’tites voitures ou mon vélo ? Quoi, la copine voulait jouer avec ma plus belle poupée ou faire de « MA » trottinette ?

Aujourd’hui, ce n’est plus la bataille des jouets d’enfants dont il est question, c’est celle du jouet numérique des adultes.

Combien sommes-nous dans nos familles à devoir céder nos ordis, nos tablettes ou nos smartphones à nos têtes brunes et blondes très friandes de jeux numériques ? C’est vrai, quoi, déjà que mon patron m’interdit de me connecter sur mon compte Facebook au boulot, si en plus à la maison c’est mon môme qui m’empêche de terminer mon niveau à Candy Crush, où va le monde ?

L’AVIS DU PSY

Serge TisseronSerge Tisseron, psy­chia­tre et psy­cha­na­lyste spécialiste des conséquences psychiques et sociales du numérique, recommande de suivre la règle du 3-6-9-12 :

- pas d’écran avant 3 ans ;
- pas de console de jeu avant 6 ans ;
- pas d’Internet avant 9 ans ;
- pas d’Internet seul avant 12 ans.

La mise en place de ce genre de règles est nécessaire pour accompagner certains parents dans leur éducation et les mettre en garde contre certains aspects néfastes des écrans dans les plus jeunes années. Trop de télévision par exemple diminue de façon considérable le langage d’un enfant. Logique, me direz-vous, l’écran « passif » ne communique pas vraiment avec l’enfant, et lui impose juste un flux de mots que le cerveau aura « entendu », sans y mettre forcément le sens approprié.

Cependant, comme toute règle, il faut savoir les contourner intelligemment.

SUPER NANNY ONLINE

Enfants sur iPadDans les faits, ces règles sont parfois impossibles à tenir, tant les demandes et les sollicitations numériques des enfants sont nombreuses. L’idée n’est pas de tout interdire, ce qui nuirait à leur intégration numérique, mais de négocier et de limiter les usages dans le temps. Le secret est vraiment celui de l’accompagnement.
Si Super Nanny passait dans mon salon, elle écrirait certainement ce genre de liste :

  • Privilégier une utilisation du numérique « publique » : ordinateur ou tablette dans une pièce commune, matériel portable auquel vous pouvez avoir accès (pouvoir parler avec votre enfant de son historique de navigation, du choix de ses contacts sur Skype, des heures qu’il passe à remporter des trophées sur les circuits des grands prix virtuels…).
  • Co-établir des règles d’utilisations : quel matériel, à quel moment, combien de temps ? Ces règles doivent évoluer en fonction de l’âge de l’enfant et du moment de la journée. Inutile de rappeler qu’un écran en libre accès le soir nuit au sommeil de tous.
  • Accompagner les contenus numériques, dès le plus jeune âge : choisir les applications, faire découvrir des sites adaptés, éduquer à la gestion de la publicité, à la protection de la vie privée, accompagner les premiers pas sur les réseaux sociaux, prévenir les risques d’accoutumance…
  • Se servir le plus souvent possible du numérique comme d’un outil, et non seulement comme d’un passe-temps.
  • Laisser aussi une part de liberté : votre enfant a besoin d’avoir son jardin secret, de pouvoir effacer son historique de navigation, à condition d’engager régulièrement le dialogue, en lui rappelant que vous êtes à son écoute si une image l’a choqué, si une personne le dérange.

Bref, laisser de côté les interdits systématiques et les logiciels de contrôles automatiques pour proposer un accompagnement éducatif des usages numériques. D’où la nécessité pour l’adulte de découvrir, avec l’enfant, les applications et les services qu’il utilise.

MISE EN VEILLE

Sortie en véloEnfin, pour garder un usage raisonnable du numérique, l’adulte peut montrer l’exemple : sachant que l’enfant a besoin de temps « hors-écran » pour parler, pour questionner, pour s’intéresser au monde qui l’entoure, le parent peut lui aussi éteindre sa propre tablette, et se libérer ainsi du temps pour son enfant.

Sortir, marcher, jouer, faire du sport, ou si le temps est moins clément, jouer à un jeu de société, faire ensemble des activités créatrices (petit bricolage, cuisine, jardinage d’intérieur…), rien de tel pour se retrouver et permettre à l’enfant de se construire !

Sachons débrancher avant que ce ne soit le numérique qui mette en veille votre vie sociale…

Cependant, puisque vous êtes en train de lire des articles sur X, Y et Z, ne vous déconnectez pas tout de suite, il y a certainement d’autres articles qui vous passionneront par ici !

Crédit images : Eric Peacock - Lars PlougmannRue89Sylvain Carle

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Prof d'école à Dunkerque éduquant des geeks en culottes courtes. Je fais tweeter mes élèves de CP. Je suis accro aux smartphones ou aux tablettes, surtout celles en chocolat.

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